HISTOIRE DES ATELIERS DE QUATRE MARES

   

 

 

THÈME V

  

LA PÉRIODE DE GUERRE

 

(de 1939 à 1944)

 

 

1939-1940 : Les années troubles                      

 

Comme tous les Français, les Sottevillais et les Stéphanais ne vont pas croire en cette guerre “ sans combat ”, jusqu’à ce que l’ennemi ne prenne l’offensive et n’envahisse leurs communes le 13 juin 1940, les précipitant alors dans l’enfer du second conflit mondial. Le Chemin de Fer, de son côté, doit faire face à un grave déficit de main-d’œuvre. Aux ateliers de Q.M, sur 1600 agents, 400 sont mobilisés et rejoignent leur poste aux armées. Le déficit en main d’œuvre est alors comblé par un embauchage massif de personnel féminin, d'auxiliaires hommes et par l'utilisation, grâce à une formation accélérée, de manœuvres et d'aides ouvriers à des postes d'ouvrier.

 

La participation à l’effort de guerre

 

La variété des fabrications effectuées dans les ateliers de Q.M. permet dès 1939, à la vue des tensions internationales, d’orienter les travaux de l'établissement vers certaines fabrications à caractère militaire.

 

 

Des chaînes de fabrication sont mises en route pour subvenir aux besoins de la défense nationale. Consacrées en particulier à l’usinage de corps d’obus de 37mm et de projectiles de 81mm, ces chaînes permettent d’obtenir des productions qui s’élèvent respectivement à 750 et 1200 pièces par jours. Pour faire face au manque de main d’œuvre, l’usinage des corps d’obus est réalisé par une équipe de 30 agents dont 22 sont des femmes. Parallèlement à cela on peut ajouter la mise au point de l'usinage des canons de 90 DCA dont les études complètes de montage et d'usinage ont été réalisées aux ateliers pour tous les organes du canon, à l'exception du tube livré usiné par les établissements SCHNEIDER du Havre.

 

 

La chaîne de fabrication (1 canon par jour) est prête à fonctionner fin avril 1940, mais les événements de mai ne permettront pas de profiter de ce travail de préparation. En effet le 9 mai 1940, la guerre bouge, les Stukas allemands survolent Sotteville. Les habitants sont inquiets car l’alerte aérienne de ce jour est particulièrement longue. 54 alertes se succéderont en ce seul mois de mai. L’entrée des troupes d’occupation se fait dans la matinée du jeudi 13 juin. Sotteville, morne et abandonnée, est pratiquement vidée de ses habitants depuis 5 jours.

 

Le Jardin du Cheminot

 

Les difficultés du ravitaillement et les pénuries de légumes particulièrement aiguës dans la région rendent nécessaire l’augmentation du nombre de jardins ouvriers. Parmi ces derniers celui des chemins de fer, mis à la disposition de près de 5 000 familles cheminotes de Sotteville lès Rouen, reste sans nul doute le plus important de toute la commune. Ainsi ce sont 60 hectares de bonne terre qui sont cultivés.

 

Ces jardins qui dépendront de l’Association du “ Jardin du Cheminot ” en 1942 sont représentés par une vaste prairie au sol formé d'alluvions, recouverte en hiver par les crues de la Seine. Ce terrain est de ce fait propice à la culture maraîchère.

 

En 1939, la surface mise en jardin représente 124 000 m2. En 1941, celle-ci passe à 277 000 m2 pour atteindre en 1942 473 000m2. En 1942 on compte 2 264 parcelles individuelles dont 150 jardins collectifs qui sont exploités chaque jour par les élèves des écoles d'apprentissage et 40 jardins mis à la disposition des écoliers de 10 à 14 ans. Le lotissement principal s’étend sur 4 kilomètres et 2036 jardins y sont aménagés. Ils sont accessibles par le pont de Quatre-Mares et par trois allées principales y aboutissant. La gérance est assurée par le chef de district de Sotteville. Un fichier de 4000 fiches permet de suivre les affectations et les mutations.

 

L’association le “ Jardin du Cheminot ”  joue le rôle d’éducateur pour les “ jardiniers amateurs ”. Elle encadre les 1600 adhérents Sottevillais. Un délégué est réparti par atelier et par service et sert de correspondant entre le bureau et le sociétaire. Elle prend aussi en charge la distribution du matériel et des plants nécessaires à l’exploitant. C’est ainsi qu’en 1941, l’association a distribué 610 outils de jardinage et a installé 3 pompes à eau dans les parties les plus déshéritées.

 

L’arrondissement “ Quatre-Mares ”.

 

Au premier janvier 1941, Q.M  devient un arrondissement à part entière. Ce qui lui donne une dimension non plus Régionale mais Nationale et qui explique la particularité de son n° de code au même titre que les huit autres arrondissements.

 

L’occupation

 

La présence des troupes d’occupation est moins importante à Sotteville-lès-Rouen et à Saint Etienne du Rouvray qu’à Rouen. La présence allemande est constituée essentiellement de civils, ingénieurs, chauffeurs, chefs mécaniciens, chefs contremaîtres, chefs de dépôt, mécaniciens. Ils sont tous requis au service d’occupation du chemin de fer. Logés chez l’habitant Sottevillais, leur quartier général se trouve au sein du château “Belliard ”.

 

le Château "Belliard" était tout proche des ateliers

 

En fait, l’occupation de Sotteville est bien réelle au sein du chemin de fer, qui depuis le 22 juin 1940 est soumis aux obligations nées de la convention d’armistice. Dès lors, toutes les installations, outils et stocks sont remis intacts aux troupes allemandes, ainsi que les moyens et voies de communications. Le personnel spécialisé et le matériel roulant sont mis à la disposition de l’occupant. A Quatre-Mares, l’ingénieur français, M.JANDIN, est en relation obligée avec ses homologues allemands, et une dizaine de surveillants, en tenue des chemins de fer allemands de la Reichsbahn, sont présents aux ateliers, lors du montage final des pièces sur les locomotives.

 

Avec la reprise du trafic à l’Ouest  fin juillet 1940, les Allemands commencent à s’intéresser au matériel. Le dépôt de Sotteville est alors désigné comme centre de livraison de machines à l’Allemagne. Aux ateliers de Quatre-Mares, plus de 42 révisions seront réalisées sur des locomotives réquisitionnées.

 

Pour l’occupant, le chemin de fer de Sotteville est primordial. Il est une plaque tournante entre le trafic du Nord, de l’Ouest et de l’Est. Ainsi le matériel, et surtout la main d’œuvre, sont très précieux. C’est pour cela, que dès juillet 1940, les agents de la S.N.C.F. prisonniers sont rapatriés. Chaque semaine, il leur faut se rendre à la Kommandantur de Rouen, munis de leur carte de démobilisé pour faire ainsi preuve de présence.

 

1941‑1942 : La résistance s’organise

 

Dès les premières années de la guerre, les cheminots prennent une part active à "la Bataille du Rail". Ces derniers, appartenant à une corporation traditionnellement fermée et soudée, cherchent à réagir face à l'occupant qu'ils côtoient tous les jours. C'est cette résistance individuelle ou de réseaux organisés, qui va aider à la déroute finale de l'ennemi.

 

a) La "petite Résistance"

 

Visant à ralentir toute activité et tout transport au service de l'ennemi, cette résistance est basée sur le ralentissement des temps de production et sur les "accidents" volontairement provoqués. La baise du temps de production est surtout effectuée aux ateliers de Q.M. et de Buddicom. Le caractère sédentaire de ces ateliers limitant toutes actions de grosse envergure sur les machines et en particulier l’utilisation d’explosifs.

 

Dans les ateliers de Quatre‑Mares, au niveau du montage, les cheminots s'arrangent pour être présents tous en même temps sur la même machine, attendant ainsi chacun leur tour pour monter leur pièce. Puisque chaque ouvrier se doit de monter sa propre pièce sous les yeux d'un Allemand, qui veille ainsi à tout sabotage possible, pendant ce temps là, on ne produit pas! Il est vrai que de toute façon, les surveillants ne réagissent pas vraiment; ils sont là pour veiller au bon montage, les taux de production et tout le reste, cela ne les concerne pas beaucoup.

 

Parallèlement à ces retards causés par la main d’œuvre, s'ajoutent les lenteurs administratives et les pertes volontaires de documents. A tous les échelons, du contremaître, au responsable du service comptable, on met plus de temps qu'il n'est nécessaire à sa besogne. Ce sont des "accidents" et "erreurs humaines" qui, répétés chaque jour, constituent de véritables actions de harcèlement. Un sabotage sans explosif ni dynamite. Ainsi on oublie de graisser les pièces d'une locomotive, qui, de ce fait, s'usent prématurément; on ne remplace pas toujours les pièces défectueuses, qui cèdent à un moment ou à un autre en pleine campagne. Il y a à côté de ces actes, d'autres "accidents" plus difficiles à faire passer pour involontaires : du sable dans les essieux, des boyaux d'air sectionnés, des burins et des objets métalliques dans les pistons et les cylindres etc. ..

 

La "petite Résistance" n'est pas exclusivement liée à la production. Des ouvriers font également circuler des tracts anti‑allemands. Le papier se faisant rare, souvent un seul tract circule à travers tous les ateliers. Passant de main en main rapidement, il est concurrencé par des distributions plus massives, issues des réseaux de résistance organisés, et systématiquement traqués par l'occupant. Les 20 et 29 mars 1942 des tracts sont découverts à bord des locomotives livrées à la Reichsbahn après révision à Q.M. et ce malgré les contrôles effectués par l’encadrement allemand.

 

D'autres expressions de la Résistance sont très tôt entreprises, ce sont les manifestations et les tentatives de grève. Ainsi, le 22 Juin 1941, jour où l'Allemagne envahit l'U.R.S.S., il est 23 heures lorsqu'un groupe de cheminots part de la place Voltaire en direction de la gare au chant de l'Internationale. Tout au long du parcours de nombreux habitants se mettent aux fenêtres manifestant leur approbation. Arrivé à la gare, le groupe s'est dispersé avant que les autorités allemandes ne soient alertées.

 

Des manifestations plus furtives, mais non moins symboliques, sont les dépôts de fleurs réalisés dans le plus grand secret, sur les monuments aux morts, lors du 11 Novembre. Lors de la publication des listes de requis pour partir travailler en Allemagne les cheminots organisent des grèves perlées. Les grèves systématiques, quant à elles, sont difficiles et on ne s'y risque pas trop, tout du moins jusqu'en1944. Par contre à l’annonce de la mort d’un compatriote ou d’une victoire des alliés, les ouvriers manifestent leur soutient en prenant l’embauche bruyamment, tapant sur les machines et en essayant ainsi de commencer le travail le plus tard possible. Mais ce type de grève dépassera rarement quelques minutes, certains surveillants menaçants de désigner des responsables au hasard.

 

Cette "petite Résistance" régulière, voire journalière, va complètement miner l'organisation allemande. Mais elle reste dangereuse pour ceux qui osent agir : les auteurs "d'accidents", dont la culpabilité n'est pas vraiment établie, sont punis de blâmes inscrits. En revanche, certains saboteurs "autonomes", qui ne sont pas pris sur le fait mais soupçonnés depuis longtemps de faire de la résistance, payent souvent en tant qu'otages pour des actions perpétrées par des réseaux organisés.

 

b) Les réseaux organisés

 

Aux ateliers de Quatre‑Mares, les jeunes cheminots communistes sont très tôt actifs, rejoignant les premiers FTPF de la région de Rouen. "Les Bataillons de la Jeunesse" et les jeunes Bretons détachés aux ateliers apportent très vite un large soutien à ce groupe. Les risques encourus par ces formations sont particulièrement importants. En effet, la chasse aux communistes commencée dès 1939 sous le gouvernement Daladier, se trouve radicalisée au lendemain du 22 Juin 1941. (date de l'entrée des troupes Allemandes en U.R.S.S). En Août 1941, un avis des autorités allemandes condamne toute personne ayant de près ou de loin des liens avec le communisme et ses membres.

 

L'Organisation Civile et Militaire apparaît en 1942 en Normandie et est issue de l’armée des Volontaires. De tendance de droite, elle rassemble un bon nombre de cadres et d'employés et se trouve essentiellement au sein des ateliers de Quatre‑Mares; contrairement aux FTP qui se concentrent aussi bien sur Quatre‑Mares, Buddicom que sur le dépôt. Leur type d'action est différent. Les FTP se caractérisent par leurs actes terroristes, l'OCM s'est davantage spécialisé dans les renseignements, infiltrations, parachutages, détentions d'armes et est en liaison avec la France Libre.

 

La Gestapo pourchasse sans pitié les résistants. L’une de leurs spécialités est de venir arrêter à Q.M. certains cheminots en les faisant appeler dans les bureaux de l’administration. Ce qui ne laisse au suspect aucune chance de s’échapper. Arrêtés puis torturés, certains seront immédiatement fusillés d’autres seront déportés dans les camps de concentration dont peu reviendront vivants.

 

Aux ateliers de Q.M. l’OCM s’est rendue célèbre par son organisation en “ triangle ”. Les groupes d’action ne dépassent pas trois membres et n’entrent jamais en contact direct. Ils s’ignorent les uns les autres. Seul M. Joubeaux à l’administration de Quatre-Mares assure les contacts avec les membres départementaux de l’OCM.

 

Les opérations dirigées contre l’occupant par toutes ces forces de la Résistance vont être nombreuses et vont jouer un rôle important à Sotteville, que ce soit dans le domaine du déraillement, sabotage, détention d’armes et attentats.

 

c) La résistance active et ses terribles conséquences

 

 “ Dès le 19 octobre, les jeunes cheminots de Q.M. membres des FTP assurent la réussite d’un déraillement entre Malaunay et Pavilly sur la ligne Paris - Le Havre, avec le concours des “ bataillons de la jeunesse”. Il s’agit pour ces jeunes FTP de contraindre l’ennemi qui se lance contre Moscou, à garder d’importantes troupes d’occupation en France et d’aider ainsi l’Armée Rouge qui supporte le poids principal de l’attaque hitlérienne. ” (Chouri M. “ Les cheminots dans la bataille du rail ”).

 

L’opération s’est avérée un véritable succès pour les FTP, mais les autorités allemandes ne tardent pas à réagir. En représailles la Gestapo procède le 22 octobre 1941 à une série d’arrestation à Sotteville. Les otages ne sont pas désignés au hasard. Ce sont des syndicalistes et des communistes depuis longtemps soupçonnés d’agir à l’encontre de l’occupant. Après avoir été interrogés par la Gestapo de Rouen ces otages sont déportés aux camps d’Auschwitz (Pologne), de Sackenshausen (près de Berlin) et Buchenwald (près de Weimar, Thuringe), succombant sous les traitements inhumains infligés par leurs bourreaux, courant 1942.

 

Les attentats ont été souvent réalisés avec des engins fabriqués par les cheminots eux même. En effet, Messieurs Chenier, Lefevre et Menez et leur équipe de jeunes bretons communistes des ateliers de Q.M. fabriquent, outre des clés à tire-fond pour déboulonneur de rails, des corps de bombes qui bourrées de “ cheddite ” (explosifs à base de chlorate de potassium ou de sodium et de dinitrotoluène), feront sauter les compresseurs de Quatre-Mares, immobilisant les ateliers pour une longue période.

 

L’usage de tels explosifs pulvérisera en mai et en septembre 1942 la centrale électrique du dépôt et la centrale d’oxygène et d’acétylène de Q.M. La Gestapo traque et fusille les terroristes et cherche à affaiblir les réseaux de résistance. C’est ainsi que le 28 août 1942, R.Cloarec et J.Bécheray sont fusillés au stand du Madrillet pour détention d’armes. Cheminots aux ateliers de Q.M. mais surtout agents chargés de mission pour Libé-Nord, ils étaient également soupçonnés d’assurer les liaisons entre les parachutages d’armes et les groupes d’actions. Les jeunes bretons de Quatre-Mares perdent le 18 septembre 1942 leur camarade rennais R.Chenier, fusillé pour le meurtre d’un officier allemand perpétré le 24 avril 1942.

 

Mais tous ces sacrifices ne sont pas vains, car tous les martyrs, victimes de l’oppression: déportés juifs et politiques, fusillés contribuent à l’éveil des consciences et des masses restées longtemps muettes. Ainsi dès la fin 1943, les actions en groupes apparaissent et se déclenchent surtout à partir du 11 novembre. Avec les événements, la mémoire des morts de la Grande Guerre symbolise un sentiment de résistance.

 

A Q.M. on va rompre avec le traditionnel dépôt de fleurs fait dans la clandestinité. Ainsi dans la nuit du 10 au 11 novembre 1943, un cheminot hisse le drapeau français sur le haut d’une cheminée à 40 mètres du sol. Dès 10 heures, le personnel rassemblé face au drapeau chante la “ Marseillaise”. Les officiers allemands donnent l’ordre de retirer l’emblème mais le chef d’atelier intervient et parvient à négocier le retrait du drapeau après la minute de silence de 11 heures.

 

En février 1944, une grève est également tenu à 100% par les ateliers de Quatre-Mares et cela pendant 45minutes. Au moment où l’administration et les allemands des ateliers discutaient sur le sujet de la navette des cheminots entre Sotteville et Oissel, qui devaient être avancée ou reculée d’un quart d’heure, le personnel scande le slogan suivant “ du pain et une augmentation de salaire ”. Mais chacun a repris sa place avant que les responsables d’ateliers ne reviennent, avertis par la surveillance.

 

Le 10 août, la gare et les ateliers de Sotteville vont suivre sans hésitation la grève générale déclenchée par la Fédération Nationale de cheminots CGT. Le 13, toute activité cesse de Paris Saint-Lazare à Versailles ainsi qu’à Sotteville et dans toute la région Ouest. Ce mouvement de grève, immobilisant systématiquement les axes ferroviaires essentiels va être d’une aide précieuse pour la Résistance qui au moment de la débâcle allemande est plus que jamais présente.

 

Liste des fusillés ou victimes de la déportation figurant sur les monuments aux morts des établissements S.N.C.F. de Sotteville-lès-Rouen.

 

1 - Aux Ateliers de Quatre-Mares

 

R.Bécheray

R.Brault

 M.Leblais

A.Bérault 

R.Cloarec  

 G.Marti

E.Billoquet 

P.Comte

A.Néphise

R.Blantron

A.Duval

M.Pautremat

M.Bouchard

B.Flamant

J.Roulland

E.Bouteiller

R.Gasnier

M.Voranget

F.Pelletan

M.Guilleux

M.Vallée

 

2 - Aux Ateliers de Buddicom

 

D.Baudouin

L.Jeantet 

C.Pinson

A.Poirier

A.Bruneau

G.Lemaire

A.Ennebault 

C.Monfray

 

 

3- Au Dépôt de Sotteville-lès-Rouen

 

A.Bouget

R.Coutey

M.Malmaison

H.Boucaut

J.Douence

P.Oursel

Brunel

A.Forfait

A.Pichard

Blondel

G.Fouache

A.Robin

H.Breton

M.Genvrin

E.Texier

A.Boucher

A.Grillon

Vasse

R.Canton

R.Leroy

 

(voir aussi le blog  http://politique-auschwitz.blogspot.fr/2011/04/le-brulot-de-rouen.html)

 

L'école d'apprentissage

    

Afin de préserver les jeunes apprentis des bombardements et de leur assurer une nourriture suffisante, alors que les restrictions alimentaires frappent durement les populations urbaines, l'école d'apprentissage est repliée en octobre 1942 dans un camp situé à Mesnil‑sous‑Jumièges, petit village situé à 40 km de Q.M et en aval de Rouen. Eloignés de toutes menaces aériennes, les jeunes de Q.M. vont s’installer dans leurs nouveaux locaux.

 

 

Dans une ambiance bon enfant, 120 garçons de 13 à 16 ans vont s’organiser au sein de 8 bâtiments en bois montés à la hâte à environ 300m du manoir d’Anne SOREL. Il ne manque presque rien: quantité de matériels d’ajustage, de chaudronnerie sont acheminés vers le paisible village, on a même aménagé des terrains de football et de basket ainsi qu’une salle des fêtes.

 

 

Les journées s’écoulent paisiblement entre la levée des couleurs dès le petit matin, les cours et les activités sportives. A noter que certains responsables ont refusé le port d’une tenue spécifique qui aurait trop rappelé les jeunes de PETAIN ou autres factions politisées aux yeux de la population locale.

 

On peut dire que le fait d’être “ mis au vert ” est loin de déstabiliser les apprentis, bien au contraire. Forcés de s’adapter et de répondre aux besoins de la vie communautaire, tout le monde se mobilise. La tâche essentielle reste de se faire accepter par les agriculteurs de la région et de parvenir à s’approvisionner en ce temps de guerre.

 

Très vite  et jusqu’au retour de l’école d’apprentissage à Sotteville en 1948,les jeunes vont exploiter et parfaire leur savoir-faire professionnel en travaillant contre paiement en vivre. La traditionnelle école d’apprentissage va progressivement laisser la place à celle de la motivation et de la solidarité: les apprentis vont en effet réparer les machines des agriculteurs, fabriquer des socs de charrue, des alambics et même confectionner des fers à chevaux en échange de beurre, d’œufs et de viande (la cuisine de l’école deviendra très vite un véritable abattoir). On fait preuve d’ingéniosité et de débrouillardise et ainsi avec les moyens du bord, une section de théâtre montera et jouera des pièces dont les recettes seront également en nature. Le médecin de l’école ouvrira également son cabinet aux habitants des environs.

 

Mais chacun reste conscient des réalités de la guerre: le 19 avril 1944, les apprentis peuvent apercevoir depuis Mesnil-sous-Jumièges les lueurs du bombardement qui dévaste Sotteville. D’autre part, bon nombre de jeunes vont risquer quelques actes en soutien à la Résistance locale. Ainsi, assis dans la camionnette assurant la liaison Mesnil - Sotteville, certains vont dissimuler des quartiers de viande camouflés sous les banquettes arrières.

 

Les voyages se feront ainsi régulièrement sans encombre grâce à la Résistance en accord avec la gendarmerie locale pour laisser passer la camionnette et éviter tous “ contrôles approfondis ”. Une fois arrivée à Sotteville, la viande ainsi clandestinement acheminée sera livrée à la cantine de Buddicom.  

 

La solidarité, le C.N.S.C

 

 

L'aide apportée aux victimes de la guerre à Sotteville, est surtout assurée par deux grands organismes : le Secours National Français et le Comité National de Solidarité des Cheminots.

 

 

L'action la plus spécifique reste celle du Comité National de Solidarité des Cheminots. En particulier celle du Comité local des ateliers de Quatre‑Mares, qui lors de la semaine de solidarité du 20 au 28 février 1943, lance l'appel suivant :

 

     " La semaine de propagande de la solidarité est ouverte. En cette occasion, le Comité de Solidarité des Cheminots de Sotteville Quatre‑Mares estime nécessaire, dans les heures douloureuses que vivent tant des nôtres, de s'adresser directement à vous, à votre cœur et à vos sentiments, pour vous expliquer ce qu'est le Comité de solidarité.

 

     Le Comité de solidarité a été créé au début de la guerre, sur l'initiative de la quasi‑totalité des groupements de cheminots, mutualistes, professeurs, combattants, artistes, sportifs décidés à pratiquer l'union la plus absolue, dans le but de venir en aide aux victimes que la guerre ferait dans la corporation...

 

     Les détresses sont nombreuses dans nos rangs. Les sinistres et les deuils qui nous sont chaque jour signalés, devaient naturellement inciter le Comité de Solidarité des Cheminots à adopter, cette fois, une stricte ligne de conduite : restons entre nous, tout par les cheminots et pour les cheminots. Notre œuvre d'entraide depuis qu'elle fonctionne (depuis septembre 1940) n'a jamais eu le temps d'amasser des réserves importantes........

 

..... C'est pourquoi aujourd'hui, nous faisons appel à nouveau à vos sentiments humanitaires pour nous aider dans l’œuvre entreprise et retrouver ce magnifique élan de fraternité que nous connûmes après le bombardement tragique du dépôt.

 

N'oubliez pas que 15 millions ont déjà été distribués :

 

     ‑ Aux victimes des sinistres par bombardement,

     ‑ Aux veuves et orphelins de nos tués,

     ‑ A nos prisonniers.

 

...Nous vous demandons, cela est en votre pouvoir, d'être généreux et aussi de nous faire parvenir vos dons en nature: objets de ménage non utilisés, literie, habillement pour secourir nos camarades de Lorient et d'ailleurs.

 

     Ne fuyez pas le collecteur, allez à lui pour chaque mois verser votre obole, vous lui faciliterez ainsi la tâche et l'aiderez à accomplir son œuvre charitable.

 

     Camarades du cadre et agents auxiliaires, à vous tous qui pourriez être appelés, dans de terribles circonstances à profiter des secours de notre œuvre, je vous laisse le choix entre ces formules :

 

     La 1ère : EGOISME ‑ IMPREVOYANCE ‑ ISOLEMENT

     La 2nde : ORGANISATION ‑ CAMARADERIE ‑ SOLIDARITE

 

     Je vous demande instamment de choisir la seconde; j'espère que  vous n'y faillirez pas...

 

... Sur ces mots, nous vous demandons de reprendre vos occupations et d'être généreux lorsque les collecteurs passeront parmi nous.

 

A l'avance merci au nom de nos sinistrés.

 

Résultat obtenu :

 

                 Un total de                15 546 F

                 Un % de souscripteurs de        79 %

                 Une moyenne par agent de     6,60 F.

 

     Comparaison par rapport à 1942 :

 

                 Un total de                 2 800 F

                 Un % de souscripteur de        38 %

                 Une moyenne par agent de     1,22 F.

 

 

 

 

Pour compléter cette semaine, un repas a été offert par le Comité local, aux enfants des prisonniers et des sinistrés de l'ateliers, et à leurs mamans, réunis à cet effet, dans une salle située au Madrillet et mise à notre disposition par les Sœurs du dispensaire de Saint‑Clément".

 

 

 

Le Comité National des Cheminots assure également un arbre de Noël pour les enfants de prisonniers et sinistrés. La distribution des jouets aux enfants des prisonniers est effectuée par les soins des assistantes sociales de l'arrondissement de Rouen. Environ 300 enfants ont été convoqués et ont reçu des jouets en bois découpé, fabriqués par les apprentis de l'école de Jumièges. A la distribution des cadeaux, s'ajoute un spectacle de clowns donné par le cirque de Rouen dans la salle des fêtes.

 

La dispersion du personnel

 

De janvier à mars 1943, alors que les bombardements visant Sotteville et ses infrastructures ferroviaires deviennent particulièrement important et meurtriers, le pilonnage du chemin de fer Sottevillais est tel que la SNCF désigne cette zone comme étant à très haut risque. Le centre de Sotteville ayant subi plusieurs bombardements (dépôt, gare de Sotteville, ateliers de Buddicom), il devient urgent pour épargner des risques graves au personnel de Q.M, de le ventiler dans des centres moins menacés.

 

Au début de mars 1943, 100 ouvriers sont affectés à différents dépôts de la région parisienne, dont celui de Batignolles. Ce départ coïncide avec une menace plus précise sur Q.M : Le 12 mars 1943 les ateliers de Buddicom sont sérieusement touchés et les points de chute s'arrêtent aux portes de Quatre‑Mares. Le sinistre du 28 mars 1943 accélère la ventilation du personnel. Des détachements importants sont constitués, avec l’encadrement correspondant à leur effectif.

 

A Aulnay‑sous‑Bois, 360 agents sont repliés à l'usine "La Lilloise", qui possède des installations suffisantes pour entreprendre des grandes réparations de locomotives.

 

Au dépôt de Batignolles, 160 agents s'installent dans les emprises des anciens ateliers "Machines" de Batignolles et organisent un chantier de réparations accidentelles.

 

Dans celui de Bois‑Colombes est transféré l'atelier d'horlogerie de Q.M, avec ses 30 agents. Ils y continuent les réparations d'appareils Flaman, de serrures Augereau et de manomètres. Début 1945, le maintien de cet atelier à Bois‑Colombes est décidé.

 

160 agents sont détachés aux ateliers de Saintes où les réparations de locomotives sont intensifiées.

 

A Nevers, les ateliers de la C.G.C.E.M à Vauzelles reçoivent 150 agents. Cet établissement passera sous la gestion de la S.N.C.F., le 1 mai 1945.

 

200 agents sont aussi détachés aux ateliers de La Folie, et dans les dépôts d’Achères, Montrouge, Mantes, Le Havre, Château‑du‑Loir, Niort, Rennes, Laval, Auray etc....

    

Est-il  besoin de signaler les multiples difficultés et soucis auxquels ont fait face les agents ainsi détachés? Peut-on passer sous silence, l'effort de ces divers détachements pour remettre dès le mois d'octobre 1944, de nombreuses machines à la disposition de la traction?

 

Il est intéressant, malgré tout, de noter que cette formule de ventilation du personnel et des machines‑outils permit, bien avant la libération, de rendre Q.M à peu près inexploitable.

 

Les bombardements

 

La modernité et l’importance du complexe ferroviaire Sottevillais en 1939 explique l’intérêt que va représenter la commune pour les protagonistes du second conflit mondial. Les réalités de l’occupation vont s’accroître de celles de la guerre en tant que telle. Après les bombardements allemands lors de leur entrée dans la région le 5 et 9 juin 1940, ceux des alliés, cherchant à déstabiliser l’ennemi en place, vont se multiplier.

 

les bureaux principaux

 

Les bombardements de 1941 et 1942 vont faire prendre conscience aux Sottevillais que le réel danger vient du ciel. Ceux-ci  vont surtout comprendre, que leur chemin de fer, carrefour essentiel des voies de communication et qui a toujours été le centre de vie de la commune, va devenir la cause de leur funeste destinée. Les possibilités de production des ateliers de Quatre‑Mares, et leur proximité de la gare de Sotteville, en font un objectif stratégique de première importance. Aussi, sont‑ils l'objet d'attaques aériennes répétées: de 1943 à la libération, 153 bombes de fort calibre tombent dans l'enceinte des ateliers, entraînant leur destruction presque totale.

 

le hall "C"

 

 

Les deux bombardements les plus violents sont ceux du 28 mars 1943 et du 19 avril 1944. Le 28 mars les bombes touchent  particulièrement le bâtiment principal. C'est dimanche  et les ateliers sont à peu près déserts lorsque à 12h.50 l'alerte est donnée. Trois minutes plus tard, à 3000 mètres d'altitude, les appareils déversent leur cargaison de près de 500 bombes de moyen calibre. Presque la moitié d’entre elles tombent sur St Etienne du Rouvray et  sur Amfreville.

 

Aux ateliers de Quatre‑Mares,  64 bombes tombent autour des bâtiments. Beaucoup d’entre elles sont à retardement et pousse la direction à faire évacuer tous les agents dans l’attente qu’elles soient désamorcées. Le chariot d’un pont roulant de 40 tonnes ainsi qu'une grue de 32 tonnes sont pulvérisés. Toutefois, sous la pression de l'ennemi, la remise en état des ateliers est activement poussée. Malheureusement, alors que les travaux sont presque achevés, le bombardement du 19 avril 1944, avec 81 bombes, anéantit en quelques instants l’œuvre d'une année. En cette année 1944, l'horreur des années passées se transforme en véritable cauchemar.

 

le bâtiment principal

 

La commune paye plus que jamais son rôle ferroviaire et surtout sa proximité des plages du débarquement du 6 juin 1944. Sotteville-lès-Rouen subit le Plan Vert. Ce plan allié comporte une attaque aérienne continue de 90 jours sur 72 cibles soigneusement choisies dont 33 en France.

 

L’atteinte des populations civiles pose un cas de conscience. On évalue de 8000 à 16000 le nombre de victimes probables de ces raids à objectif ferroviaire. Pourtant, même si le trafic du chemin de fer n'est de ce fait réduit que d'un dixième au jour J, le risque doit être pris. Le Général Koenig l'estime supportable "Pour se débarrasser des Allemands" et le 27 mars 1944 la décision est prise, non sans que W.Churchill ne continue à recommander la prudence aux bombardiers, tant pour des raisons d'humanité que de politique".

 

Ces derniers assauts, préparant le débarquement de Normandie et achevant les ennemis en retraite, finissent par rendre amer le goût de la Victoire et de la Libération le 31 août 1944. Du mois de janvier au 19 avril 1944, 93 alertes sont entendues. Mais peu après minuit, ce 19 avril, l'aviation alliée provoque l'apocalypse sur Sotteville.

 

L’objectif des alliés est de détruire l'important centre de triage utilisé par les armées allemandes, comme le précise le "Times" du 20 avril. Au-dessus de l'agglomération rouennaise, les pilotes "arrosent" large et sans précision. Ils utilisent, cette fois‑ci, la méthode dite de "Carpet Bombings" qui consiste à  larguer un maximum de bombes en un minimum de temps. En trois vagues successives, les avions larguent 6000 bombes sur Rouen, Bonsecours, Amfreville, Saint‑Etienne du Rouvray, Petit et Grand Quevilly, Bois‑Guillaume.

 

Sotteville-lès-Rouen est la ville la plus touchée avec, à elle seule, 4625 points de chute. Il est 0 heure 05, lorsque les ronflements des moteurs se font entendre. A 0 heure 7, la commune est entièrement illuminée par les fusées éclairantes et l'on perçoit les bruits de la D.C.A. lourde et des bombes. C'est seulement à 0 heure 16, que l'alerte est donnée. De ce fait, les bombes déferlent sur une population, qui, surprise dans son sommeil, n'a pas le temps de se mettre aux abris. Il s’écrase ainsi sur Sotteville 1 500 tonnes de projectiles.

 

Aux ateliers de Quatre‑Mares, 81 points de chute sont répertoriés. A la fin de l'alerte les Sottevillais encore en vie découvrent l'horreur. En seulement 55 minutes, 200 hectares sur les 700 que la ville compte au total, sont ravagés. Tous les secours habituels sont mobilisés; Les équipes de secours de la S.N.C.F., ambulances, infirmiers, sapeurs-pompiers, équipes de déblayeurs et volontaires. Mais le désastre est tel, que Sotteville doit demander de l'aide aux équipes rouennaises. Il est 3 heures 15 du matin, lorsque des trains sanitaires sont constitués pour évacuer au plus vite les blessés. Un compte-rendu du P.C Sud de la Défense Passive de Rouen fait part de la participation des équipes de sauvetage de Rouen qui seront rapidement renforcés de 24 hommes de la Défense Passive du Havre, des pompiers de Vernon avec une ambulance et 20 hommes, de 2 équipes de déblaiement des Andelys, d’un service de secours de la Défense Passive d'Evreux, d’une cinquantaine de déblayeurs du Havre, d’élèves policiers ainsi que de 500 jeunes ouvriers mineurs. Les drames humains sont déchirants; l’horreur est partout. Dans les rues on peut voir des lambeaux de chair humaine sur les toits et sur les fils électriques.

 

"Lorsque l'on se trouve dans une rue, de chaque côté les maisons sont effondrées et la ville m'apparaît comme une vaste plaine de charpentes...... On croirait qu'un énorme pilon a écrasé la ville, le sol est creusé d'entonnoirs". (Mme Rocchia)

 

Le bilan de ce bombardement est évalué par la commune à :

- 531 morts dont 13 cheminots.                       

- 14 disparus.

- 226 blessés graves.                           

- 1 575 sinistrés.

-  une centaine de blessés légers.

 

Il est difficile de donner des chiffres exacts concernant les victimes de ce bombardement. Deux ans après, on retrouvera encore des cadavres dans les décombres.

 

Le 9 mai entre 18 heures et 20 heures 10, huit bombes tombent dans l'enceinte de Quatre‑Mares et avenue du 14 juillet. Il faut absolument désamorcer les bombes à retardement qui explosent spontanément et d’une manière aléatoire. Cette triste besogne est principalement exécutée par des prisonniers “ volontaires ”: ce sont des détenus politiques du Palais de Justice de Rouen, à qui l’on “ offre ” une réduction de peine en contrepartie de ce travail.

 

Dans cette attente aucune activité utile ne peut être demandée au personnel de Q.M. et toutes les opérations de préparation pour expédition de machines ou de pièces  pour les dépôts sont suspendues. Les éléments des services personnel et comptabilité sont eux repliés rue du Champ des Oiseaux à Rouen et travaillent dans la mesure où les fréquentes alertes le permettent.

 

Pendant tout le mois de mai, les sirènes et les canons de D.C.A. ne vont pas cesser de se faire entendre. Les escadrilles visent Sotteville mais surtout Rouen pendant la célèbre "Semaine Rouge" du 30 mai au 5 juin 1944. En fait toute la région est sous les feux alliés.

 

Les 12 et 22 juin et les 4, 8, 15, 18 et 25 juillet, ils larguent des bombes sur le dépôt et les ateliers de Quatre‑Mares. A ce moment, ce ne sont plus les installations ferroviaires qui sont visées, mais plutôt un groupe de câbles téléphoniques, situés sous la rue de Paris. Pour les alliés, ces câbles canaliseraient les émissions allemandes de la Normandie sur Paris.

 

A la fin de juillet, on peut dire que les alliés ont atteint leur objectif; Le chemin de fer de Sotteville est pratiquement réduit à néant. Les locomotives ne sortent presque plus. Les alliés sont parvenus à anéantir Sotteville et la Région Ouest toute entière. 

 

Ils ont obtenu ce qu'ils voulaient : les Allemands sont incapables d'acheminer du renfort lors de leur retraite et débâcle en août. Le départ précipité en juin 1944 du Directeur allemand du Contrôle et de ses acolytes a permis de préserver les ateliers de Q.M. des ultimes destructions allemandes.

 

Les dommages des bombardements ont très durement touché les installations, les bâtiments, les ponts roulants, toutes les canalisations- câbles électriques, conduites d’air, de vapeur, d’oxygène, d’acétylène, d’air comprimé, d’eau, de gaz, d’eau sous pression. Pour chacune d’elles, les remplacements sont nécessaires sur des kilomètres. Les machines-outils, les moteurs électriques ont été gravement avariés eux aussi par les bombardements et surtout par la pluie et la neige.

 

Si au 31 août 1944, la guerre est loin d’être terminée, les cheminots de Sotteville comme tous les Sottevillais n’ont plus à redouter les bombardements et la présence des allemands. Ennemi comme alliés s’éloignent désormais des frontières françaises. Les bilans des pertes humaines et des destructions est terrible.

 

Le chemin de fer de Sotteville compte:

 

     - 108 cheminots morts sous les bombes

     - plus de 300 sinistrés totaux

     - près de 900 sinistrés partiels

     - 30 tués par faits de guerre

     - 17 tués en déportation (sur 21 déportés)

     - 4 fusillés politiques.

 

Plan des bombardements

 

 

 

 

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